Le mode d’emploi de Marina Lesschaeve pour un business d’abonnements

Marina Lesschaeve est intervenue sur des modèles d’abonnement côté éditeur (à L’Express, L’Obs, Psychologies), côté prestataire (chez Ediis, sur les bases de données et outils d’abonnement), puis désormais côté conseil, via CustUp. Avec un fil rouge : faire parler la donnée abonnés pour prendre de meilleures décisions business et faire tourner des portefeuilles dans le bon sens.

Marina Lesschaeve

Découvrez la retranscription du témoignage de Marina Lesschaeve

Aujourd’hui, Marina accompagne des entreprises qui veulent lancer, consolider ou remettre à plat leur business d’abonnements, avec une double casquette opérationnelle et data : suivi du portefeuille, optimisation des offres, écosystème technique, gestion de projets CRM / abonnements…

Dans cette interview, Marina vous partage sans filtre sa vision du métier et des modèles d’abonnement. Elle y parle notamment :

  • De son parcours, du groupe L’Express à CustUp, et de ce que ces expériences lui ont appris sur l’abonnement.
  • De son “mode d’emploi” pour faire tourner un portefeuille d’abonnés (si vous voulez éviter que la baignoire ne se vide plus qu’elle ne se remplit).
  • Des compétences et bonnes pratiques indispensables pour tenir la promesse de l’abonnement dans la durée.
  • De sa vision de l’avenir des business models d’abonnements (préparez-vous dès maintenant !).

Si tu devais résumer ton expérience professionnelle en quelques mots, tu dirais…

Je dirais que mon parcours est surprenant, enrichissant et épanouissant.

Surprenant, parce que j’ai toujours été passionnée par l’édition et la presse magazine, mais je ne m’attendais pas y évoluer professionnellement parlant. J’ai commencé dans l’impitoyable jungle de la publicité (en régie publicitaire, au sein du groupe L’Express).

Puis, via une mobilité interne en 2012, j’arrive au service abonnements. C’est là que je comprends que l’abonnement est un métier en soi, avec ses mécaniques et ses propres règles.

Cela fait plus de 10 ans que je travaille sur les modèles d’abonnement, principalement dans la presse (un secteur très enrichissant) : L’Express, L’Obs, Psychologies… J’ai connu les grandes années d’hyper-volumes, les campagnes massives “un abonnement = un cadeau”. Puis, le virage vers des portefeuilles d’abonnés plus qualifiés : moins de volume mais des abonnés qui s’abonnent pour le contenu, pas pour le sac de voyage.

Je rejoins ensuite, fin 2022, EDIIS, un prestataire qui gère notamment un ERP Abonnements, les bases de données abonnés et les campagnes emailing pour des éditeurs. EDIIS est le premier opérateur français en gestion d’abonnements. C’est intéressant, je vois l’envers du décor… mais je trouve que mon quotidien professionnel manque de concret. Or, j’aime l’opérationnel.

Toutes ces expériences épanouissantes me donnent une vision 360° de l’abonnement : le marketing, la data, la technique, la gestion de projet, et les enjeux business derrière un portefeuille abonnés qui bouge tout le temps.

C’est ça qui me plaît dans mon activité de consultante actuellement : être capable d’analyser un portefeuille d’abonnés, de comprendre pourquoi “la baignoire se vide” et de proposer des actions concrètes pour redresser la trajectoire.

Aujourd’hui, tu es consultante spécialisée en abonnements, marketing digital et CRM. Qu’est-ce que ça signifie concrètement pour tes clients ?

Concrètement, ça veut dire que je peux intervenir à plusieurs niveaux chez mes clients, avec 3 grandes casquettes.

1 – La casquette opérationnelle :

J’aime piloter au quotidien une activité abonnement :

  • Suivre le portefeuille, les entrées / sorties ;
  • Analyser les résultats de campagnes ;
  • Travailler les offres, les parcours de souscription ;
  • Ajuster les dispositifs (quand les indicateurs virent au rouge).

2 – La casquette audit & conseil :

On me sollicite aussi pour des diagnostics d’activité abonnement :

  • État des lieux du portefeuille ;
  • Analyse des offres, des canaux d’acquisition et de fidélisation ;
  • Revue des parcours clients et de l’écosystème technique autour de la donnée abonnés.

3 – La casquette gestion de projet :

Enfin, je peux endosser une casquette de cheffe de projet, notamment sur des sujets data et/ou techniques :

  • Assainissement de bases abonnés ;
  • Mise en place ou refonte d’offres d’abonnement ;
  • Évolution de flux entre différents systèmes (en coordination avec les équipes techniques).

Et avec CustUp, j’ai aussi la chance de sortir du périmètre presse, d’appliquer les logiques d’abonnement à d’autres secteurs, ce qui est stimulant intellectuellement.

Peux-tu nous partager des exemples de missions qui t’ont particulièrement challengée ?

Le premier exemple qui me vient en tête, c’est ma première mission avec CustUp, pour Uni-Médias. L’enjeu : assainir et fiabiliser la base de données abonnés gérée dans l’outil Magellan (une solution que je connaissais déjà via EDIIS).

Sur le papier, ça semblait plutôt “simple” :

  • Revoir les flux de données entre le Crédit Agricole, un prestataire intermédiaire (Epsilon) et Magellan ;
  • Sécuriser la bonne installation des abonnements ;
  • Fiabiliser les informations de contacts pour faciliter la vie du Service Client.

Dans les faits, c’était très technique :

  • Refonte des règles d’enregistrement des flux ;
  • Rédaction d’un cahier de recettes complet ;
  • Exécution de la recette pour vérifier que chaque champ arrive au bon endroit, dans le bon format.

Quelques chiffres :

  • 120 000 nouveaux contacts créés
  • 400 000 contrats abonnés impactés
  • Et 4,7 millions de contacts dont on a mis à jour l’email et/ou le téléphone

Je n’ai pas travaillé seule : Jean-Michel Pascal était le chef de projet sur cette mission notamment sur les aspects un plus techniques. La finalité : que chaque client ait sa fiche, un identifiant et son contrat propre.

Deuxième exemple (mission toujours en cours actuellement) : Moulins Soufflet. Ici, on n’est plus dans la presse, mais sur la création d’une offre d’abonnement servicielle. L’idée : imaginer une offre composée de services (pas de magazines). Il faut repenser ce qu’est “la valeur” dans un abonnement, comment on la package, comment on la facture.

 

Quel est ton “mode d’emploi” pour faire tourner avec succès un business d’abonnements ?

Je vois 3 temps pour construire et faire tourner un business model d’abonnement.

1 - Avant de lancer : comprendre, benchmarker, construire l’offre

Avant même de parler de campagnes, il faut être au clair sur votre offre :

  • Regarder ce que font les concurrents ;
  • Comprendre ce que la cible est prête à payer (mensuellement / annuellement) ;
  • Clarifier le bénéfice immédiat pour l’abonné : “Qu’est-ce que j’y gagne, là, tout de suite ?”

Netflix est un bon exemple : pour un prix perçu comme raisonnable, on a un accès immédiat à un catalogue énorme. Le bénéfice est clair, simple, évident.

2 - Tester : offres, prix, durées, formats

On teste :

  • Différentes formules d’abonnement (mensuel, annuel, tacite reconduction, sans engagement…) ;
  • Différents prix et contenus d’offres ;
  • Par titre ou par univers éditorial quand il y a plusieurs marques.

Je pense par exemple à un client qui a 4 trimestriels dans des univers différents : on ne peut pas espérer qu’une seule et même offre fonctionne pour tout le monde. Sur certains titres, une offre mensuelle à moins de 4 € rassure des budgets serrés. Sur d’autres, une offre annuelle à 70 € en tacite reconduction fonctionne mieux.

3 - Suivre : la “baignoire” abonnés au quotidien

Le dernier pilier, c’est le suivi régulier :

  • Suivre la diffusion à chaque tirage ;
  • Intégrer la saisonnalité (par exemple, on recrute plus en septembre, à Noël, en janvier, beaucoup moins en mars et en mai) ;
  • Surveiller les échéances pour éviter des “trous d’air” où une grosse cohorte d’abonnés arrive en fin de période en même temps.

Et surtout, il vous faut mesurer :

Sans ce suivi, on navigue à vue. Avec ce suivi, on peut prendre des décisions : arrêter une offre, en renforcer une autre, retravailler un bénéfice, etc.

Et si on creuse encore, quelles sont les compétences et bonnes pratiques qu’il faut absolument mettre en œuvre quand on propose de l’abonnement ?

Pour moi, il y a 3 blocs incontournables : l’offre, l’écosystème technique et le parcours client / Relation Client.

1 - Proposer une offre claire, lisible, en nombre limité

Sur beaucoup de sites, l’erreur classique, c’est : trop d’offres. 3 ou 4 offres bien construites, c’est bien.

20 offres, c’est souvent beaucoup trop.

Une bonne offre d’abonnement est une offre :

  • Claire : l’abonné comprend tout de suite ce qu’il obtient ;
  • Précise : prix, durée, engagement ou non, modalités ;
  • Et simple à lire : il ne faut pas que la cible puisse tergiverser, c’est binaire. Je m’abonne, oui ou non !

Autre point important : quand on fait une opération spéciale, il faut faire atterrir l’abonné sur une landing page dédiée (pas sur la boutique générique). Il doit retrouver exactement l’offre qu’il a vue dans son email ou sur les réseaux.

2 - Ne pas sous-estimer les aspects techniques

Un modèle d’abonnement repose sur un écosystème technique robuste :

  • Une base de données bien structurée ;
  • Des flux qui tournent correctement ;
  • Des règles métier claires (installation d’un abonnement, suspension, changement d’adresse…).

Il ne faut pas oublier :

  • De prélever l’abonné chaque mois ou à la bonne fréquence ;
  • De bien gérer les modifications temporaires d’adresse (“je veux recevoir mon magazine sur mon lieu de vacances”) ;
  • De permettre la suspension de l’abonnement.
  • De gérer correctement les impayés (Combien de tentatives de prélèvement ? Quel scénario de mails/courriers transactionnels ? À quel moment suspend-t-on les services ?).

Sans cet écosystème technique, il suffit de quelques bugs pour générer beaucoup de frustration chez l’abonné et de temps perdu côté Service Client.

3 - Soigner la Relation Client (et le churn !)

Un seul abonné très mécontent peut faire du bruit aujourd’hui, surtout avec les avis en ligne, les réseaux sociaux, les commentaires sous les pubs. On ne peut pas faire l’impasse sur un Service Client réactif et des process anti-churn (prévenir les résiliations, détecter les signaux faibles, traiter rapidement les irritants).

Côté modèles, on va de plus en plus vers des abonnements mensuels sans engagement, ou des abonnements en tacite reconduction, avec un email d’information 30 jours avant l’échéance (obligation légale).

Un autre point clé : favoriser le prélèvement SEPA (RIB) plutôt que la carte bancaire pour limiter les problèmes de carte expirée et créer une forme de rétention naturelle.

Comment vois-tu l’avenir des business models d’abonnements sur les prochaines années ?

Je vois 3 grandes tendances : modularité, ultra-ciblage et économie de l’engagement.

1 – De plus en plus de modularité :

Les abonnés veulent pouvoir composer leur abonnement à la carte, moduler ce à quoi ils ont accès, mettre sur pause, reprendre, upgrader facilement. On va vers des modèles moins rigides, où l’abonné peut construire son propre “pack”.

2 – Des offres ultra ciblées (parfois très “nichées”) :

Je crois aussi aux offres très ciblées, sur des contenus ou services spécifiques, parfois sur des niches éditoriales ou communautaires. On l’a vu avec des box (par exemple chez Clarins, qui proposait un abonnement pour recevoir des produits chaque mois) ou avec des collaborations entre marques : des abonnements combinés qui font sens pour un même public.

3 – Faire des abonnés des ambassadeurs :

L’avenir, ce n’est pas juste “retenir”, c’est engager :

  • Faire des clients abonnés des ambassadeurs ;
  • Travailler davantage les mécaniques de recommandation et de parrainage ;
  • Donner aux abonnés des raisons d’être fiers de leur abonnement (contenus, services, valeurs, communauté).

Et côté service, on va voir de plus en plus de :

  • Portails selfcare où l’abonné gère lui-même son contrat (adresse, suspensions, options…) ;
  • Chatbots vraiment efficaces, boostés à l’IA (pas le chatbot qui se contente de renvoyer vers une FAQ).

En résumé, je vois des modèles d’abonnement plus souples, personnalisés et serviciels, avec un socle technique solide et une vraie attention portée à l’expérience abonnés.

Ton top 3 des qualités que tu vérifies chez les clients que tu accompagnes ?

D’abord, il faut que le client soit vraiment motivé par son projet. Quand on touche à un business d’abonnements, on touche à du structurel : si le client n’est pas engagé, le projet n’ira nulle part.

Ensuite, j’ai besoin que le client ait les moyens de ses ambitions : en budget, en ressources internes, en disponibilité. À un moment, c’est soit on avance, soit on accepte de rester tel quel.

Enfin, je donne beaucoup d’importance au rapport humain. C’est pourquoi je vérifie à instaurer une relation de confiance. On se parle, on ajuste, on fait des comités réguliers au début du projet pour suivre les avancées, lever les blocages et décider ensemble.

Quel est ton leitmotiv au quotidien ?

La diversité est la richesse de mon activité ! Au quotidien, ce qui me plaît, c’est de pouvoir :

  • Faire des stats, des reportings, des suivis (les chiffres ne me font pas peur) ;
  • Briefer une graphiste et réfléchir à une créa’ ;
  • Présenter un plan d’actions en réunion ;
  • Challenger un parcours client,
  • Décortiquer un portefeuille pour comprendre ce qui se passe.

Il faut que ce soit varié et dynamique. Être consultante me permet exactement ça : travailler pour des clients différents, sur des problématiques d’abonnements variées.

Propos recueillis et retranscrits par Thibaut Huertas.