DTS (Drive-to-Store) : Faire venir en magasin ne suffit pas !
Une enseigne investit dans la publicité géolocalisée, soigne ses fiches d’établissement, envoie des SMS à sa base et pousse des coupons sur mobile. Les compteurs de passage en magasin frémissent. Puis, en comité, le directeur commercial pose la question qui fâche : sur ces visites supplémentaires, combien sont devenues des clients, et combien reviendront ? Silence dans la salle.
Ce scénario est fréquent. Le DTS (sigle qui signifie Drive-to-Store), s’est imposé comme un réflexe budgétaire dans le retail, et pour de bonnes raisons. Selon la FEVAD, la part du e-commerce dans la vente de produits est estimée à 12 % du commerce de détail en 2025 (hors services). Autrement dit, près de 88 % des ventes de produits se font encore hors ligne, très majoritairement en magasin. Ramener du monde en point de vente reste le premier levier de chiffre d’affaires du commerce physique.
Le problème n’est donc pas de faire venir. Le problème est de savoir qui est venu. Voyons ce qu’est réellement le Drive-to-Store, quels leviers l’activent, et surtout ce qui sépare une campagne dépensière d’un dispositif rentable.

Découvrez ce qui se cache derrière l’acronyme DTS
DTS : définition et signification de l’acronyme
Le DTS, ou Drive-to-Store, désigne l’ensemble des actions marketing destinées à générer du trafic dans un point de vente physique. La cible est le consommateur en mobilité, généralement sollicité sur son smartphone à proximité du magasin en question.
Une précision s’impose, car la confusion est fréquente en France. Le verbe anglais to drive a ici son sens de « pousser vers, inciter à », et non celui de conduire une voiture. Le Drive-to-Store n’a donc aucun rapport avec les services de retrait en voiture du type Carrefour Drive ou McDrive. Le premier fait venir le client en magasin, le second lui évite précisément d’y entrer.
La logique du DTS est celle d’un pont. Le parcours démarre dans l’univers digital, par une recherche, une publicité, une notification ou un message, et se termine dans l’univers physique, par un franchissement de porte. Ce pont ne se limite pas au digital : les canaux traditionnels comme le prospectus, l’affichage ou le mailing papier relèvent de la même intention.
DTS, Web-to-Store, ROPO : quelle différence ?
Les 3 termes circulent ensemble et désignent des réalités voisines mais distinctes. La nuance mérite d’être posée, car elle change la façon de mesurer.
- Le Web-to-Store (WTS) décrit le parcours qui part d’un support digital, le plus souvent le site de la marque, pour aboutir en magasin. Le Click and Collect en est l’illustration la plus aboutie.
- Le Drive-to-Store (DTS) vise plus spécifiquement le consommateur en déplacement, sollicité sur son mobile en fonction de sa position géographique. La dimension de proximité immédiate lui est propre.
- Le ROPO, pour Research Online, Purchase Offline, ne décrit pas une action marketing mais un comportement client : se renseigner en ligne avant d’acheter en magasin.
La distinction compte au moment du pilotage. Le Web-to-Store et le Drive-to-Store sont des dispositifs que vous déclenchez ; le ROPO est un phénomène que vous subissez ou que vous exploitez. Nos travaux sur les KPI de performance omnicanale proposent d’ailleurs une formule simple pour le mesurer : le taux de ROPO rapporte le nombre de clients ayant consulté votre site avant d’acheter en magasin au nombre total de clients en magasin. Au-delà de 30 à 40 %, la complémentarité entre votre présence digitale et physique est démontrée.
Tous 3 s’inscrivent dans une logique omnicanale, où le client ne raisonne plus en canaux mais en parcours continu.

Quels sont les leviers d’une campagne Drive-to-Store ?
Les dispositifs disponibles se répartissent en 3 familles, dont l’efficacité dépend beaucoup de la maturité de votre Data Client.
La visibilité locale, d’abord
La fiche d’établissement Google, le référencement local et la gestion des avis constituent le socle. Un consommateur qui cherche un commerce à proximité obtient une réponse cartographique avant toute autre chose. Ce levier est peu coûteux et souvent sous-exploité par les réseaux d’enseignes, faute de pilotage centralisé des fiches magasin.
La publicité géolocalisée, ensuite
Le geofencing déclenche un message publicitaire lorsqu’un mobile entre dans un périmètre défini autour du point de vente. Les régies proposent des formats dédiés sur les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et les applications de navigation. La promesse est séduisante, la mesure de l’efficacité l’est nettement moins (nous y venons).
L’activation de votre base existante, enfin
C’est le levier le plus rentable, et le plus négligé. SMS, e-mail, notification d’application et coupons personnalisés adressés à vos clients connus affichent des coûts de contact faibles et des taux de retour supérieurs, parce qu’ils s’appuient sur une connaissance réelle. Comme nous l’observons dans notre analyse des canaux de vente, le SMS reste l’un des supports au plus fort taux d’ouverture pour la création de trafic en point de vente.
Vous noterez la logique : les 2 premières familles achètent de l’audience, la troisième exploite un actif. Une campagne Drive-to-Store efficace fait les 3, mais la troisième conditionne la rentabilité des 2 autres.
Comment mesurer réellement l’efficacité d’un Drive-to-Store ?
Voici le point aveugle de la plupart des dispositifs. Entre l’affichage d’une publicité sur un smartphone et le passage en caisse, il existe un trou noir que les méthodes courantes comblent imparfaitement.
- Les panels de géolocalisation proposés par les régies estiment les visites en magasin à partir des déplacements observés sur des échantillons d’utilisateurs. La méthode est statistique, extrapolée, et le fournisseur qui vend l’espace publicitaire est aussi celui qui mesure son efficacité. La prudence s’impose.
- Les mesures d’uplift comparent l’évolution du trafic dans les zones exposées à la campagne et dans des zones témoins. La méthode est plus robuste, mais elle exige des volumes suffisants et une comparabilité réelle entre zones, ce qui est rarement le cas dans un réseau hétérogène.
- Les codes promotionnels dédiés ont le mérite de la simplicité : un coupon distribué par la campagne, présenté en caisse, est une preuve directe. Leur limite est qu’ils ne captent que la fraction des visiteurs qui pensent à les utiliser, et qu’ils biaisent la mesure vers les clients sensibles au prix.
Aucune de ces méthodes ne dit qui est venu. Elles comptent des visites, pas des personnes. Or une visite anonyme ne se rappelle pas, ne se segmente pas et ne se réactive pas. La seule mesure réellement fiable, et la seule qui produise de la valeur au-delà de la campagne, passe par l’identification du client au moment de l’encaissement.

Pourquoi une visite non identifiée est-elle une visite perdue ?
Reprenons le raisonnement du point de vue de votre patrimoine client plutôt que de celui du budget média.
Si un client entre, achète et repart sans avoir été reconnu, vous avez encaissé une vente et perdu tout le reste : le rattachement à sa campagne d’origine, l’enrichissement de son historique, la possibilité de lui reparler. Vous avez payé une acquisition dont vous ne conserverez aucune trace. Le Drive-to-Store devient alors une dépense récurrente pour reconquérir en permanence des clients que vous avez déjà eus.
Le mécanisme d’identification en magasin porte un nom : l’encartage. Carte de fidélité physique ou dématérialisée, identifiant client, demande d’e-mail en caisse, application mobile, tous ces dispositifs poursuivent le même objectif, faire en sorte que la caisse sache à qui elle vend.
Le témoignage d’Intersport recueilli par CustUp illustre bien la puissance du levier. L’enseigne, historiquement physique avec plus de 700 magasins et un maillage territorial dense, a lancé son programme de fidélité omnicanal en septembre 2021. Sa responsable décrit une stratégie assumée d’encartage fort. Le résultat parle de lui-même : 12 millions de porteurs de carte, qui réalisent 85 % du chiffre d’affaires de l’enseigne. C’est ce socle qui alimente sa connaissance client. Et pour l’exploiter, Intersport a placé une CDP (Customer Data Platform) au cœur de son architecture, interfacée avec les systèmes d’encartage et d’encaissement.
Cette architecture est la condition technique de la boucle complète. Un Référentiel Client Unique ou une Customer Data Platform réconcilie l’identité d’un même client entre la caisse, le site web, le programme de fidélité et les campagnes. Sans cette réconciliation, votre système de caisse, aussi moderne soit-il, ne fait qu’enregistrer des transactions anonymes.
La boucle vertueuse devient alors lisible : la campagne génère une visite, la caisse identifie le client, la donnée remonte au référentiel, le référentiel alimente la campagne suivante, qui coûte moins cher et convertit mieux. Chaque tour de boucle réduit votre dépendance à l’achat d’audience.
En bref
Le Drive-to-Store fonctionne. Les leviers existent, ils sont matures, et le commerce physique reste le lieu de la grande majorité des achats. Le sujet n’est pas là.
Le sujet est que générer une visite et gagner un client sont 2 métiers différents. Le premier s’achète auprès de régies, le second se construit avec une mécanique d’identification, une donnée unifiée et une exploitation dans la durée. Une enseigne qui maîtrise le second transforme chaque euro de média en actif client. Une enseigne qui s’arrête au premier recommence chaque trimestre à zéro.
Faire venir en magasin ne suffit pas. Encore faut-il savoir qui est venu, et pouvoir le rappeler.
Vous voulez que vos campagnes Drive-to-Store produisent des clients et pas seulement du trafic ? Les consultants CustUp vous accompagnent dans la modélisation de vos Parcours Clients, la structuration de votre collecte en magasin et l’unification de votre Data Client. Parlons de votre projet.
CustUp vous aide à transformer le trafic en clients
Cabinet de conseil opérationnel en Marketing Client, CustUp intervient sur la partie du dispositif que les prestataires média ne traitent pas directement :
- Nous modélisons vos Parcours Clients. Cartographier comment vos clients circulent entre le digital et le magasin identifie les points de contact où l’identification est possible et ceux où elle vous échappe aujourd’hui.
- Nous structurons votre dispositif de collecte en magasin. Mécanique d’encartage, incitations en caisse, articulation avec le programme de fidélité, formation des équipes de vente : l’identification est autant un sujet d’organisation que de technologie.
- Nous unifions votre Data Client. RCU ou CDP, l’objectif est de réconcilier caisse, web et fidélité pour reconstituer une vision unique de chaque client et rendre vos campagnes réellement mesurables.
- Nous pilotons la performance omnicanale. Taux de ROPO (Research Online, Purchase Offline), contribution du digital au chiffre d’affaires magasin, comparaison entre clients mono-canal et multicanaux : nous installons les indicateurs qui prouvent la valeur de votre commerce omnicanal.

Fondateur et directeur de CustUp, Antoine Coubray a construit son parcours au croisement du marketing client et de la direction de centres de profits : abonnement, marketing direct, vente à distance et eCommerce. Habitué à modéliser des activités économiques, il accompagne les entreprises dans la structuration de leurs business models et de leur Relation Clients.
